L’Histoire
La plupart de ce qui a pu être dit sur les temples Shaolin n’est pas confirmé et reste invérifiable; c’est la base pour d’interminables variations de très colorés, mais aussi très improbables évènements. Mais les chefs de files et les écoles modernes d’arts martiaux chinois continuent leurs efforts pour découvrir la vérité sur les temples Shaolin et leurs effets sur la société chinoise.

La date traditionnelle de l’arrivée de Ta Mo en Chine (520 ap. J.-C.) est suspecte; de récentes investigations faites par les historiens indiquent qu’il serait venu en Chine entre 420 et 479 ap. J.-C.(1). Nous savons peu sur la question de savoir s’il vécût réellement et si oui, s’il vînt en Chine. Il n’y a aucune trace historique de son existence en Inde. De plus, il n’y a aucune preuve qu’il soit l’auteur du classique de la Modification Musculaire (I-Chin Ching)(2). Les dix-huit exercices de base ne sont pas non plus directement apparentés aux arts martiaux chinois. C’est plutôt une gymnastique exécutée à travers des positions statiques et conçue pour renforcer le corps et l’esprit, de manière à ce que le pratiquant soit plus réceptif à la discipline méditative. Nous savons aujourd’hui que les arts de combat du type shaolin existaient longtemps avant la venue de Ta Mo en Chine et qu’au moins quelques uns de ces arts furent initialement pratiqués en d’autres lieux que les temples Shaolin. A partir de là, les érudits admettent généralement le fait que Ta Mo n’a pas introduit les méthodes de shaolin en Chine(3).

Durant le siècle qui suivit la mort de Ta Mo, autant le clergé que les laïques qui défendaient le Taoïsme, le Ch’an et d’autres formes de bouddhisme contribuèrent beaucoup au développement et à la systématisation des techniques de shaolin. Les temples Shaolin fournissaient le secret nécessaire au développement d’arts de combat efficaces, mais aussi l’impulsion pour la propagation de ces arts à travers la Chine. Shaolin influençait la vie des gens qu’il touchait et, à son tour, était modifié par celui qui venait le pratiquer. Les différences physiologiques et psychologiques parmi les chinois, aussi bien que les différences dues aux divers environnements dans lesquels ils vivaient, forment la base des différents types techniques de shaolin; les ambitions politiques des empereurs et des seigneurs de la guerre de l’époque n’étaient pas moins importantes pour le développement du shaolin.

Les temples Shaolin devinrent naturellement le lieu d’accueil pour des sociétés secrètes durant la période où la Chine de la dynastie Sung (960-1279) était envahie par les barbares venus du Nord. Deux grands mouvements établirent des liens entre les temples Shaolin et des sociétés secrètes: la société du Lotus Blanc, qui avait de l’influence dans le Nord et l’Ouest de la Chine et la société Hung, avec sa sphère d’activités dans l’Ouest, dans le centre et dans le Sud de la Chine. Les membres de ces mouvements sont connus pour avoir fréquenté les temples Shaolin. Bien que ces temples étaient essentiellement des centres religieux, avec le renversement de la dynastie des Ming (1662) par les Ch’ing, ils en vinrent à prendre parti politiquement. Chih Shan, un enseignant, vint au temple Shaolin de Fukien pour surveiller des opérations et pour établir des entraînements systématiques aux arts de combat. Yin Hung-shen, que les membres de la société Hung considéraient comme le fondateur de leur organisation, mourut en 1645, après avoir mené un attentat infortuné pour soutenir les Ming déclinants. Yin choisit d’utiliser le nom du premier empereur de la dynastie Ming, Hung-wu, comme nom pour sa société et instaura le fameux cri de bataille «Renverser les Ch’ing et restaurer les Ming». Une décennie plus tard, les moines du temple Shaolin de Fukien devinrent des conspirateurs qui faisaient écho au cri de bataille de Yin et qui complotèrent une révolte contre les Mandchous. L’Histoire reste vague sur le rôle joué par les moines dans ce soulèvement ou dans les autres qui suivirent, mais il semble logique de supposer que les moines des deux temples Shaolin participèrent de manière considérable à l’activité combative, en tête la Rébellion des Boxeurs au début du vingtième siècle.

Aujourd’hui, les temples Shaolin ne sont que d’inactives et solitaires reliques du passé. Ils sont cependant vénérés par tous les chefs de file des arts du corps à corps, qui reconnaissent l’importance de ces temples. A travers les efforts des premiers survivants des massacres des temples Shaolin, les techniques de shaolin furent largement dispersées. Cela, à son tour, créa les opportunités favorables à la transmission des enseignements combatifs à ceux qui s’intéressaient à cet art. Du fait que plusieurs milliers de chinois migrèrent par la suite dans des pays comme Taiwan, Hong Kong, les Philippines, la Thailande, l’Indonésie, Singapour et la Malaisie, nous, représentants de cette génération, sommes capable de recevoir cet enseignement, bien qu’il ait souvent changé par rapport à ce qu’il était à l’origine.


Adapté de l’anglais d’après:
P’ng Chye Kim et Don F. Draeger, Shaolin Lohan Kung Fu, Editions Charles E. Tuttle Company, Rutland-Tokyo, 1994, pp.13-15 (1ère édition: 1979).

Note:
Le système de romanisation utilisé ici pour les mots et les noms chinois est celui du Centre International de Recherche Hoplologique de Hawaï adapté du Hood Kar paï et du système postal chinois. (Op. cit., p.10.)

Les notes rapportées en bas de page, selon les chiffres entre parenthèse, correspondent à des précisions récentes (2002-2003) apportées par Me Ong Ming Thong et Me P’ng Chye Kim, que nous ajoutons pour compléter ou corriger le texte traduit ci-dessus.

Notes et précisions:
1. Le temple Shao Lin fut construit par ordre de Xiao Wen en 495 après J.-C., la 19ème année de l’ère Tai He pour un moine bouddhiste indien du nom de Ba Tuo. De nombreuses décennies plus tard, le temple reçut un autre moine dénommé Da Mo, le 28ème patriarche de l’école bouddhiste Ch’an en Inde. Dans la légende, Da Mo est communément considéré comme le fondateur des arts martiaux Shao Lin. Cet état de fait, cependant, manque de bases solides du point de vue historique.

Quoi qu’il en soit, la date de l’arrivée de Da Mo est suspecte. De récentes investigations menées par des historiens indiquent qu’il serait venu en Chine en 486 ap. J.-C., la 10ème année de Tai He en accord avec le livre appellé “Jin De Chuang Deng Lu”. A ce moment, le temple Shao Lin n’était pas encore construit. Dans le même livre, il est statué que Da Mo mourut en 495, la 19ème année de l’ère Tai He, l’année où fut construit le temple Shao Lin. A partir de là, Da Mo n’eut aucune communication avec les moines du temple et son enseignement martial, s’il y en eu un, n’aurait pas été dispensé aux moines Shao Lin. Ceci exclu la possibilité que Da Mo ait put être le fondateur des arts martiaux Shao Lin.

Selon le «Shao lin Si Zhi», Da Mo arriva dans le Guang Zhou en 527 après J.C.. Il resta au début au temple de Guang Xiao avant de se déplacer au temple Shao Lin. Il mourut en 536. Beaucoup d’autres documents anciens citent que Da Mo arriva en Chine environ 30 ans après Ba Tuo et cela corrobore ce qui est écrit dans le «Shao Lin Si Zhi».
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2. Le livre décrivant la série du Yi Jin Jing, (Classique des Mutations Musculaires) et la série du Xi Sui Jing (Classique de la Purification de la Moelle) apparaît seulement au milieu de la dynastie Qing, après 1800, mais jamais avant cette époque. Ils furent probablement écris par quelqu’un d’autre et Da Mo a du «honorer» l’auteur du respect qui l’entoure ou l’auteur original voulait plus de crédibilité pour son livre.
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3. Que Da Mo ait pratiqué les arts martiaux ou non, il était assurément la première personne a introduire l’école bouddhiste Ch’an en Chine et mérite d’être considéré comme le fondateur du Ch’an dans le monde de l’est. Son enseignement se propagea ensuite au Japon et devint ce que nous connaissons aujourd’hui comme le «Zen».

De récentes recherches révèlent que le premier moine Shao Lin qui était efficace en arts martiaux s’appelait Seng Chou. Seng Chou devint disciple de Dao Fang sous l’ordre de son maître Ba Tuo. A partir de là, il est clair que Seng Chou vécut à la même période que Ba Tuo, aux environs de 500 après J.C. Sa maîtrise en arts martiaux fut citée dans des livres d’histoire comme le «Zao Ye Jin Zhai» et le «Gao Seng Zhuan». Ces moines pratiquaient déjà les arts martiaux, avant que Da Mo n’artrive au temple Shao Lin, et Seng Chou pourrait bien être le fondateur des arts martiaux de Shao Lin. Quoi qu’il en soit, cette dernière est encore à confirmer.

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